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Il y a des lieux en Dordogne que l’on visite pour leur architecture, d’autres pour leur histoire, leurs jardins ou simplement pour la beauté du paysage.
Au Château des Milandes, on trouve un peu tout cela à la fois.
J’y suis retournée hier et, une fois encore, j’ai été séduite par ce château à taille humaine, son histoire étonnante et ses magnifiques extérieurs. C’est une visite que je recommande volontiers à ceux qui découvrent la Dordogne, mais aussi à ceux qui y vivent et pensent déjà bien connaître leur région.

Surplombant la vallée– © Delphine Panissod
Situé à Castelnaud-la-Chapelle, à environ 16 kilomètres au sud de Sarlat-la-Canéda, le Château des Milandes occupe une position privilégiée dominant la vallée de la Dordogne. Nous sommes ici en plein Périgord Noir, dans ce secteur exceptionnel où se concentrent certains des villages et châteaux les plus emblématiques du département.
C’est aussi ce que j’aime dans cette partie de la Dordogne : en quelques kilomètres, on passe d’un château à un village médiéval, d’une route longeant la rivière à des paysages boisés, avec régulièrement ces panoramas qui obligent presque à s’arrêter.
Le château lui-même est construit en 1489 à la demande de Claude de Cardaillac, épouse de François de Caumont, seigneur de Castelnaud. La demeure restera propriété de la famille de Caumont jusqu’à la Révolution française. Son architecture Renaissance conserve également de très beaux éléments gothiques.
Mais si Les Milandes sont aujourd’hui connus dans le monde entier, c’est évidemment grâce à une femme : Joséphine Baker.

Les jardins du château de Milandes– © Delphine Panissod
La visite intérieure permet de découvrir une autre facette de celle que l’on connaît souvent surtout comme artiste, résistante et militante contre le racisme.
Joséphine Baker épouse Jo Bouillon dans la chapelle des Milandes en 1947 et imagine ici son fameux « Village du Monde ». Ses enfants adoptés, venus d’origines différentes, formeront sa célèbre « Tribu Arc-en-Ciel ».
Au fil des pièces, on découvre des épisodes de sa vie, des documents et souvenirs personnels, mais également quelques-unes de ses robes de scène remarquables. Cela permet de passer progressivement de l’icône internationale à la femme, à la mère et à la propriétaire profondément attachée aux Milandes.
Je ne pourrai malheureusement pas illustrer cette partie avec mes propres images : les photographies sont interdites à l’intérieur du château, notamment parce que les collections comprennent de nombreux documents photographiques inédits et protégés par le droit d’auteur.
Ce n’est finalement pas plus mal : il faut garder quelques surprises pour la visite !
L’intérieur se découvre avec un audioguide gratuit, disponible en français, anglais, néerlandais, allemand, espagnol, italien et portugais. Il accompagne très bien la visite et permet de la faire à son rythme.
Curieusement, l’un des endroits qui m’a le plus intéressée cette fois-ci n’est pas dans le château.
C’est sa chapelle.
Et son histoire est assez incroyable.
Construite au début du XVIe siècle par François de Caumont, elle était à l’origine une chapelle funéraire richement décorée, notamment de peintures réalisées avec l'intervention d'artistes italiens.
Puis son destin devient beaucoup moins prestigieux.
Après la Révolution, le domaine est vendu comme bien national et partagé. La chapelle devient un bâtiment agricole, servant à la fois de grenier à foin et d’étable. Ses peintures sont ensuite recouvertes de plâtre à la fin du XIXe siècle.
Et l’histoire prend ensuite une tournure qui parlera forcément à tous ceux qui travaillent dans l’immobilier !
En 1956, une modification de la matrice cadastrale fait littéralement disparaître le propriétaire de la chapelle : aucun titulaire ne lui est attribué. Elle devient juridiquement un bien « sans maître ». Même Joséphine Baker, pourtant alertée de cette anomalie, ne parviendra pas à la faire réintégrer correctement à la propriété.
Une petite incohérence administrative qui aura finalement des conséquences pendant… des décennies !
Ce n’est qu'en 2016 que les propriétaires actuels, la famille de Labarre, parviennent à racheter la chapelle et peuvent entreprendre sa restauration.
Et là, les travaux réservent quelques surprises extraordinaires.
Sous les aménagements successifs réapparaissent des portes, deux cheminées, les anciennes peintures murales du XVIe siècle et, en décembre 2017, une crypte contenant les restes des bâtisseurs. Les travaux extérieurs débutent en 2018, les intérieurs en 2021 et la chapelle restaurée ouvre au public à Pâques 2023.
Plus récemment encore, les recherches archéologiques ont permis d'étudier une sépulture féminine découverte devant les fondations de l'autel du XVIe siècle, désormais surnommée la « Dame du chevet ».
J’ai trouvé cette partie de la visite passionnante. Elle montre à quel point un bâtiment peut traverser les siècles, changer complètement d’usage, être presque oublié… avant que la restauration ne fasse ressurgir son histoire.
Après les intérieurs, changement complet d’atmosphère.
Les jardins des Milandes sont magnifiques et particulièrement bien entretenus. Ils méritent réellement que l’on prenne son temps plutôt que de simplement les traverser pour rejoindre la sortie.
Leur histoire est elle aussi intéressante. Entre 1900 et 1908, Charles Auguste Claverie, alors propriétaire du château, confie leur conception à Jules Vacherot, architecte paysagiste et jardinier en chef de la Ville de Paris. Celui-ci imagine un ensemble mêlant jardin régulier d’inspiration française et parc paysager.
Une importante restauration a été menée en 2016 sous la direction de l’architecte paysagiste Françoise Phiquepal. Plus de 10 000 végétaux ont notamment été plantés afin de retrouver l’esprit du jardin d’origine. Le parc est inscrit au titre des Monuments Historiques depuis 2009 et bénéficie du label Jardin Remarquable depuis 2018.
Et puis il y a la vue.
Depuis certaines parties du domaine, le regard plonge vers la vallée de la Dordogne. Difficile de trouver décor plus périgourdin.

Le travail des buis – © Delphine Panissod
Les Milandes sont également très agréables à visiter avec des enfants parce que le domaine ne se limite pas à l’histoire et à l’architecture.
Environ 60 rapaces vivent sur le site et plusieurs présentations sont organisées quotidiennement en saison. Une dizaine d'oiseaux diurnes et nocturnes participent à ces démonstrations pédagogiques organisées devant la façade Renaissance, avec la vallée de la Dordogne en arrière-plan.
On rencontre également dans le parc des oiseaux exotiques et quelques chèvres, ce qui donne presque par moments l’impression de changer complètement de visite.
Et puis, au détour des allées, apparaissent de grandes sculptures réalisées en bois flotté.
J’ai cherché qui se cachait derrière elles : il s’agit de l’artiste Franck Espagnet. Le château présente ses créations comme des œuvres éphémères intégrées au Jardin Remarquable, créant un joli dialogue entre sculpture et végétation.
Elles apportent une touche contemporaine assez inattendue au milieu de ce décor historique.

Sculptures en bois flotté – © Delphine Panissod
J’ai également beaucoup aimé les gargouilles du château.
Elles ne sont d'ailleurs pas toutes aussi anciennes qu'on pourrait l'imaginer. Lorsque Charles Auguste Claverie entreprend la grande restauration des Milandes entre 1900 et 1914, le château est enrichi de nouvelles tours, balcons romantiques, sculptures, gargouilles et figures fantastiques.
C’est typiquement le genre de détail que j’aime photographier en Dordogne : on vient admirer un château dans son ensemble et, finalement, ce sont parfois une sculpture, une fenêtre, une gargouille ou une vieille pierre qui attirent le plus notre regard.

Les gargouilles – © Delphine Panissod
C’est peut-être finalement ce qui distingue Les Milandes de beaucoup d’autres châteaux de Dordogne : on peut facilement y passer une grande partie de la journée.
Il y a le château et l’histoire extraordinaire de Joséphine Baker, la chapelle restaurée, les jardins, les rapaces, les oiseaux exotiques, les animaux, les sculptures, les points de vue sur la vallée…
Et entre deux visites, tout est prévu pour faire une pause. Le domaine dispose d’une brasserie installée dans une ancienne dépendance, d’un snack en haute saison et d'espaces de restauration ; une boutique se trouve également à la fin du parcours intérieur.
Le billet donne accès au château, aux jardins, à la chapelle, aux présentations de rapaces, à la salle de projection et aux animations proposées selon la période.
C’est donc une sortie que je conseillerais sans hésiter pour une journée en famille en Périgord Noir : un peu d’histoire, beaucoup de patrimoine, de très beaux jardins, des animaux et suffisamment de choses différentes pour que chacun y trouve son compte.

Au détour des jardins – © Delphine Panissod
Lorsque je parle d'immobilier en Dordogne, j'aime montrer les maisons, bien sûr.
Mais choisir de vivre ici, ce n'est jamais uniquement choisir une maison.
C'est aussi choisir tout ce qu'il y a autour.
Pouvoir décider un matin d'aller visiter le Château des Milandes, déjeuner dans un village du Périgord Noir, longer la Dordogne, s'arrêter devant un panorama ou découvrir un patrimoine que l'on croyait déjà connaître.
C'est précisément cette richesse qui rend notre département si particulier.
Hier, je suis rentrée des Milandes avec beaucoup de photos des jardins, quelques gargouilles dans mon téléphone… et encore une fois cette sensation que même lorsque l'on vit en Dordogne, elle trouve toujours le moyen de nous surprendre.
Et c'est probablement l'une des raisons pour lesquelles j'aime autant y vivre… et y travailler.
Delphine Panissod
Conseillère immobilier eXp France – Bergerac & Dordogne