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Vendre, acheter ou transmettre un bien immobilier ne signifie pas toujours vendre ou acheter la pleine propriété. Dans certaines situations, le droit de propriété peut être séparé entre plusieurs personnes : c’est ce que l’on appelle le démembrement de propriété.
Ce mécanisme est fréquent dans les familles, notamment après une succession ou une donation. Par exemple, un parent peut conserver l’usage d’un logement tout en transmettant la nue-propriété à ses enfants. Mais il peut aussi intervenir dans le cadre d’une vente, d’une stratégie patrimoniale ou d’un investissement immobilier.
Pour bien comprendre ce sujet, il faut revenir aux trois composantes classiques du droit de propriété : usus, fructus et abusus.
La pleine propriété d’un bien immobilier regroupe trois droits principaux.
L’usus correspond au droit d’utiliser le bien. Dans le cas d’une maison ou d’un appartement, cela signifie pouvoir y habiter ou l’occuper.
Le fructus correspond au droit de percevoir les fruits du bien. En immobilier, il s’agit principalement des loyers si le bien est mis en location.
L’abusus correspond au droit de disposer du bien, c’est-à-dire de le vendre, le donner, le transmettre ou le modifier dans les limites prévues par la loi.
Lorsqu’une personne détient les trois droits — usus, fructus et abusus — elle est pleine propriétaire du bien.
Le démembrement consiste à séparer ces droits entre deux parties : d’un côté l’usufruitier, de l’autre le nu-propriétaire.
L’usufruit donne à une personne le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus.
L’usufruitier peut donc, selon les cas :
occuper le logement ;
le mettre en location ;
percevoir les loyers ;
profiter du bien comme un propriétaire occupant.
En revanche, l’usufruitier ne détient pas la pleine propriété. Il ne peut pas vendre seul le bien dans sa totalité, car il ne possède pas l’abusus. Il doit également conserver la substance du bien, c’est-à-dire ne pas le dégrader ou en modifier profondément la nature.
Dans un exemple simple, une mère peut avoir l’usufruit d’une maison : elle peut y vivre toute sa vie ou la louer pour percevoir un revenu, mais ses enfants peuvent en détenir la nue-propriété.
La nue-propriété correspond au droit de posséder juridiquement le bien, sans pouvoir l’utiliser immédiatement ni en percevoir les revenus.
Le nu-propriétaire est donc propriétaire “en attente”. Il détient l’abusus, mais il ne dispose pas de l’usus ni du fructus tant que l’usufruit existe.
Concrètement, le nu-propriétaire ne peut pas habiter le bien si l’usufruitier souhaite l’occuper. Il ne peut pas non plus percevoir les loyers si le bien est loué. En revanche, au décès de l’usufruitier, ou à l’expiration de l’usufruit s’il est temporaire, il récupère automatiquement la pleine propriété du bien.
C’est pour cette raison que la nue-propriété est souvent utilisée dans les transmissions familiales : elle permet d’anticiper une succession tout en laissant à l’usufruitier la jouissance du bien.
La vente d’un bien démembré peut intervenir dans plusieurs situations.
Elle peut résulter d’une succession, lorsque le conjoint survivant conserve l’usufruit et les enfants détiennent la nue-propriété. Elle peut aussi intervenir après une donation avec réserve d’usufruit, lorsque le parent donateur souhaite conserver l’usage du logement. Enfin, elle peut répondre à une logique patrimoniale : vendre la nue-propriété permet parfois à un vendeur de récupérer un capital tout en conservant l’usage du bien.
Pour l’acheteur, l’acquisition de la nue-propriété peut présenter un intérêt financier, car le prix est inférieur à celui de la pleine propriété. En contrepartie, il ne pourra pas occuper le bien ni en percevoir les loyers pendant la durée de l’usufruit.
Oui, mais la vente de la pleine propriété nécessite en principe l’accord de toutes les parties : usufruitier et nu-propriétaire.
Si seul l’usufruitier veut vendre, il ne peut vendre que son usufruit. Si seul le nu-propriétaire veut vendre, il peut vendre sa nue-propriété, mais l’acquéreur devra respecter l’usufruit existant. Pour vendre le bien entier libre de tout démembrement, il faut donc que l’usufruitier et le nu-propriétaire soient d’accord.
C’est un point essentiel en pratique immobilière : un bien démembré ne se vend pas comme un bien détenu par un propriétaire unique. Il faut identifier dès le départ qui détient quels droits, vérifier les actes d’origine et organiser clairement la répartition du prix de vente.
Lorsqu’un bien démembré est vendu en pleine propriété, le prix est généralement réparti entre l’usufruitier et le nu-propriétaire selon la valeur respective de leurs droits.
Cette valeur dépend principalement de l’âge de l’usufruitier. Plus l’usufruitier est âgé, plus la valeur de l’usufruit diminue, car sa durée probable est plus courte. À l’inverse, plus l’usufruitier est âgé, plus la valeur de la nue-propriété augmente.
À titre indicatif, un barème fiscal généralement est utilisé : en fonction de l'âge
Exemple : un bien est vendu 300 000 €. Si l’usufruitier a 75 ans, l’usufruit représente 30 % de la valeur du bien et la nue-propriété 70 %. L’usufruitier percevra donc 90 000 € et le nu-propriétaire 210 000 €, sauf accord différent prévu entre les parties.
Oui. Les parties peuvent décider de ne pas répartir immédiatement le prix entre usufruitier et nu-propriétaire. Dans ce cas, l’usufruit peut être reporté sur le prix de vente.
Cela signifie que l’usufruitier conserve un droit sur le capital issu de la vente, tandis que le nu-propriétaire conserve une créance ou un droit futur. Ce type de montage doit être encadré avec précision par le notaire, car il peut avoir des conséquences patrimoniales, fiscales et successorales importantes.
Une autre solution consiste à réemployer le prix de vente dans l’achat d’un nouveau bien. Le démembrement est alors maintenu, mais il porte sur un autre actif.
Le démembrement de propriété peut présenter plusieurs avantages.
Pour le vendeur ou le donateur, il permet d’organiser la transmission du patrimoine tout en conservant l’usage du bien. Pour les enfants ou héritiers, il permet d’obtenir progressivement la pleine propriété. Pour un investisseur, l’achat de la nue-propriété peut permettre d’acquérir un bien avec une décote, en visant une valorisation à long terme.
Ce mécanisme peut aussi faciliter certaines situations familiales : protéger un conjoint survivant, anticiper une succession, éviter une indivision complexe ou organiser la gestion d’un patrimoine immobilier.
Le démembrement reste un mécanisme juridique exigeant. Avant toute vente, il faut vérifier :
l’origine du démembrement : donation, succession, achat séparé ;
l’identité exacte de l’usufruitier et du ou des nus-propriétaires ;
l’accord de toutes les parties pour vendre la pleine propriété ;
la répartition du prix de vente ;
les conséquences fiscales, notamment en matière de plus-value ;
les charges et travaux supportés par chacun ;
l’existence éventuelle d’une convention entre usufruitier et nu-propriétaire.
Il est fortement recommandé d’anticiper ces questions avant la mise en vente. Un bien démembré peut tout à fait être vendu, mais il nécessite une préparation rigoureuse avec le notaire et les professionnels de l’immobilier.
Le démembrement de propriété consiste à séparer la pleine propriété entre l’usufruit et la nue-propriété.
L’usufruitier dispose de l’usus et du fructus : il peut utiliser le bien et en percevoir les revenus. Le nu-propriétaire détient l’abusus : il possède juridiquement le bien, mais ne peut pas en jouir immédiatement.
Dans le cadre d’une vente, l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire est nécessaire pour vendre la pleine propriété. Le prix est ensuite réparti selon la valeur respective des droits, sauf accord particulier entre les parties.
Bien utilisé, le démembrement peut être un outil patrimonial efficace. Mal préparé, il peut devenir une source de blocage ou de conflit. C’est pourquoi chaque situation doit être analysée au cas par cas, avec l’accompagnement d’un notaire et d’un professionnel de l’immobilier.
Les points juridiques principaux s’appuient sur le Code civil : l’article 544 définit la propriété comme le droit de jouir et disposer des choses, l’article 578 définit l’usufruit, et l’article 621 prévoit la répartition du prix en cas de vente simultanée de l’usufruit et de la nue-propriété.
Le barème de valorisation usufruit/nue-propriété est celui de l’article 669 du Code général des impôts, notamment utilisé pour les droits d’enregistrement et la taxe de publicité foncière. Les notaires rappellent aussi que la vente d’un bien démembré nécessite l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire, et qu’il faut traiter en amont la répartition du prix et la question de la plus-value.
